Glucosamine et chondroïtine : vous avez certainement déjà croisé ces deux noms sur l’emballage d’un complément alimentaire pour les articulations, puisque ces actifs figurent parmi les plus vendus au monde. Que disent réellement les études ? Quels sont les effets secondaires connus, et qui doit s’en passer ? Voici l’état des connaissances, sources à l’appui.
L’essentiel, avant d’aller plus loin
- Deux constituants naturels du cartilage. En complément alimentaire, la glucosamine provient le plus souvent de carapaces de crustacés, la chondroïtine de cartilage animal.
- Des résultats d’études partagés. Dans l’essai GAIT (1 583 participants, 24 semaines), ni la glucosamine ni la chondroïtine, seules ou associées, n’ont réduit la douleur du genou plus qu’un placebo sur l’ensemble du groupe (Clegg et al., NEJM, 2006). L’EFSA n’a pas établi de lien entre la glucosamine et le maintien d’articulations normales : aucune allégation de santé n’est autorisée.
- Bien tolérées dans les essais, mais pas sans risque. La nutrivigilance de l’ANSES a recueilli 74 signalements d’effets indésirables : troubles digestifs, atteintes du foie, réactions allergiques, effets sur le sang.
- À éviter, selon l’ANSES (2019) : diabète ou prédiabète, asthme, traitement par anti-vitamine K, allergie aux crustacés ou aux insectes, grossesse, allaitement et enfants.
- Avis médical avant de commencer si vous suivez un traitement, et jamais de cumul entre un médicament et un complément contenant ces molécules.
Glucosamine et chondroïtine : de quoi parle-t-on exactement ?
La glucosamine et la chondroïtine sont deux molécules que l’organisme fabrique lui-même et qui entrent dans la composition du cartilage articulaire. Elles participent à sa structure, à sa résistance et à sa capacité à absorber les chocs.
La glucosamine est un aminosucre fabriqué par l’organisme à partir du glucose et de la glutamine. Elle entre dans la composition des glycosaminoglycanes, les molécules qui forment la « trame » du cartilage et lui donnent sa capacité d’amortissement.
La chondroïtine sulfate est un composant majeur de la matrice du cartilage. Elle retient l’eau au sein de cette matrice, ce qui participe à sa souplesse et à sa résistance mécanique.
Comme elles interviennent à des niveaux différents de la structure du cartilage, les fabricants les associent souvent dans un même produit.
Quels sont les bienfaits de la glucosamine et de la chondroïtine ? Ce que disent les études
Aucun bienfait n’est officiellement reconnu dans l’Union européenne : l’EFSA a conclu qu’une relation de cause à effet n’était pas établie entre la consommation de glucosamine et le maintien d’articulations normales (EFSA, 2011), et aucune allégation n’a été autorisée pour ces deux molécules. Côté recherche, les résultats des essais menés chez des personnes souffrant d’arthrose sont partagés.
- Glucosamine : la revue Cochrane de 2005 (20 essais, 2 570 patients) observe un effet sur la douleur et la gêne fonctionnelle dans les essais utilisant une préparation précise, le sulfate de glucosamine du laboratoire Rotta. Les essais les mieux conduits, et ceux utilisant d’autres préparations, ne montrent pas de différence avec un placebo (Towheed et al., 2005).
- Chondroïtine : la revue Cochrane de 2015 (43 essais, 9 110 participants) décrit un bénéfice faible à modéré sur la douleur à court terme, de l’ordre de 8 points sur une échelle de 0 à 100, à partir d’essais jugés majoritairement de faible qualité (Singh et al., 2015).
- Les deux associées : l’essai américain GAIT a suivi 1 583 personnes souffrant d’arthrose du genou pendant 24 semaines, avec 1 500 mg de glucosamine et/ou 1 200 mg de chondroïtine par jour. Sur l’ensemble des participants, aucun des traitements n’a réduit la douleur plus que le placebo. Une analyse exploratoire d’un sous-groupe de personnes aux douleurs modérées à sévères a relevé 79,2 % de répondeurs avec l’association, contre 54,3 % sous placebo (Clegg et al., 2006).
En France, la Haute Autorité de santé a jugé insuffisant le service médical rendu des médicaments à base de glucosamine ou de chondroïtine dans l’arthrose (HAS) ; ils ne sont plus remboursés depuis 2015.
L’hétérogénéité des résultats s’explique en partie par les différences de dose, de forme chimique, de durée et de profil des participants d’un essai à l’autre.
D’où viennent la glucosamine et la chondroïtine des compléments ?
La glucosamine est le plus souvent obtenue à partir de carapaces de crustacés (crabe, crevette), plus rarement par fermentation ; la chondroïtine est extraite de cartilage animal. L’origine n’est pas un détail : c’est elle qui détermine les allergies possibles.
Il existe une autre source : la membrane de coquille d’œuf, la fine pellicule située entre la coquille et le blanc. Selon son fabricant, Eggnovo, cette membrane (Ovomet®) contient naturellement du collagène, de l’élastine, de l’acide hyaluronique, de la glucosamine et du sulfate de chondroïtine. Nov’Acti utilise cet ingrédient dans l’une de ses formules. Les études publiées sur cet ingrédient sont présentées sur notre page consacrée au collagène de membrane de coquille d’œuf.
Pour les personnes allergiques à l’œuf, cette source est exclue : l’œuf fait partie des allergènes à déclaration obligatoire.
Glucosamine et chondroïtine : quels dangers et quels effets secondaires ?
Dans les essais cliniques, ces molécules sont bien tolérées : la glucosamine n’y provoque pas plus d’effets indésirables qu’un placebo (Cochrane, 2005). Hors essais, la nutrivigilance de l’ANSES a recueilli 74 signalements d’effets indésirables entre 2009 et février 2018 ; sur les 23 cas assez documentés pour être analysés, 11 ont été jugés d’imputabilité vraisemblable ou très vraisemblable (ANSES, avis du 4 janvier 2019).
Les effets rapportés sont variés :
- Troubles digestifs : nausées, diarrhées, douleurs abdominales ;
- Atteintes du foie : l’ANSES a analysé sept signalements hépatiques, dont une hépatite jugée d’imputabilité très vraisemblable, et demande aux médecins de penser à ces compléments devant une atteinte du foie inexpliquée ;
- Saignements et déséquilibre des anticoagulants : la base de pharmacovigilance américaine MedWatch comptait 20 signalements d’INR augmenté, de saignements ou d’ecchymoses chez des personnes associant glucosamine et warfarine (Knudsen et Sokol, 2008) ;
- Glycémie : quatre études sur onze ont observé une baisse de la sensibilité à l’insuline ou une hausse de la glycémie à jeun sous glucosamine, surtout chez des personnes déjà intolérantes au glucose (Dostrovsky et al., 2011) ;
- Réactions allergiques, cutanées ou respiratoires, dont des aggravations d’asthme.
Quelles sont les contre-indications de la glucosamine et de la chondroïtine ?
L’ANSES déconseille les compléments contenant de la glucosamine ou de la chondroïtine aux personnes diabétiques ou prédiabétiques, asthmatiques, traitées par anti-vitamine K, allergiques aux crustacés ou aux insectes, ou dont l’alimentation est contrôlée en sodium, potassium ou calcium, ainsi qu’aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants.
| Situation | Glucosamine | Chondroïtine | Motif |
|---|---|---|---|
| Diabète ou prédiabète | Déconseillée | Déconseillée | Baisse possible de la sensibilité à l’insuline |
| Traitement anticoagulant par anti-vitamine K (warfarine, fluindione, acénocoumarol) | Déconseillée | Déconseillée | Hausse de l’INR et saignements rapportés |
| Asthme | Déconseillée | Déconseillée | Aggravations des symptômes rapportées |
| Allergie aux crustacés ou aux insectes | Déconseillée | Vérifier l’origine | Allergie croisée avec la chitine des carapaces |
| Allergie à l’œuf | Exclue si issue de membrane d’œuf | Exclue si issue de membrane d’œuf | L’œuf est un allergène à déclaration obligatoire |
| Grossesse, allaitement, enfants | Déconseillée | Déconseillée | Données de sécurité insuffisantes |
| Régime contrôlé en sodium, potassium ou calcium | Déconseillée | Déconseillée | Apport possible de ces minéraux par les sels utilisés |
| Médicament contenant déjà de la glucosamine ou de la chondroïtine | Ne pas cumuler | Ne pas cumuler | Aucune donnée de sécurité sur le cumul |
Comment prendre la glucosamine et la chondroïtine, et combien de temps ?
Suivez la dose indiquée sur l’étiquette, sans la dépasser. En France, la DGCCRF recommande de ne pas dépasser 1 000 mg de glucosamine et 900 mg de chondroïtine sulfate par jour dans les compléments alimentaires ; les médicaments, eux, sont dosés autour de 1 200 mg de glucosamine et de 1 000 à 1 200 mg de chondroïtine (ANSES, 2019).
Ces molécules n’ont rien d’un antalgique à effet immédiat : dans les essais, les effets sont mesurés après plusieurs semaines ou plusieurs mois (24 semaines dans l’essai GAIT). Si rien ne change après quelques mois, parlez-en à votre médecin plutôt que d’augmenter les doses ou d’ajouter un second produit.
Précautions avant de prendre de la glucosamine ou de la chondroïtine
- Traitement en cours : demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien, en particulier si vous prenez un anticoagulant. Sous anti-vitamine K, l’ANSES recommande de rechercher ces compléments devant toute hausse inexpliquée de l’INR.
- Allergies : lisez l’origine des ingrédients sur l’étiquette. Crustacés ou insectes pour la glucosamine, poisson ou autre cartilage animal pour la chondroïtine, œuf pour la membrane de coquille d’œuf.
- Diabète, prédiabète, asthme : ces compléments sont déconseillés.
- Grossesse, allaitement, enfants : à éviter, faute de données de sécurité suffisantes.
- Pas de cumul : ne prenez pas en même temps un médicament et un complément contenant ces molécules, ni deux compléments qui en contiennent.
- Signes d’alerte : arrêtez et consultez en cas de troubles digestifs qui persistent, de jaunisse, d’urines foncées, de fatigue inhabituelle, de saignements ou de gêne respiratoire. Un effet indésirable peut être déclaré sur le portail officiel de signalement des événements sanitaires, qui transmet à la nutrivigilance de l’ANSES.
- Douleur qui dure : une douleur articulaire persistante, un gonflement, une rougeur ou de la fièvre justifient une consultation. Un complément alimentaire ne remplace ni un diagnostic, ni un traitement, ni l’activité physique adaptée.
Références scientifiques
- 1ANSES. « Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires à visée articulaire contenant de la glucosamine et/ou de la chondroïtine sulfate », saisine 2015-SA-0069, 4 janvier 2019.ANSES
- 2EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies. « Scientific Opinion on the substantiation of a health claim related to glucosamine and maintenance of joints ». EFSA Journal, 2011;9(12):2476.NCBI
- 3Towheed T.E. et al. « Glucosamine therapy for treating osteoarthritis ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2005.PubMed
- 4Singh J.A. et al. « Chondroitin for osteoarthritis ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015.PubMed
- 5Clegg D.O. et al. « Glucosamine, chondroitin sulfate, and the two in combination for painful knee osteoarthritis ». New England Journal of Medicine, 2006.PubMed
- 6Knudsen J.F., Sokol G.H. « Potential glucosamine-warfarin interaction resulting in increased international normalized ratio ». Pharmacotherapy, 2008.PubMed
- 7Dostrovsky N.R. et al. « The effect of glucosamine on glucose metabolism in humans: a systematic review of the literature ». Osteoarthritis and Cartilage, 2011.PubMed
- 8Haute Autorité de santé. « Art 50, Zondar, Chondrosulf, Piasclédine, Dolenio, Flexea, Osaflexan, Structoflex et Voltaflex : service médical rendu insuffisant dans le traitement symptomatique de l’arthrose ».has-sante.fr
Cet article informe sur l’état des connaissances ; il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.




